A Battle Mountain, Nevada, « on ne va pas voter pour un nègre ! »

A Battle Mountain, Nevada, « on ne va pas voter pour un nègre ! »
trouvé par vermisseau:
par Armelle Vincent (rue89.com):

(De Battle Mountain) Lorsque je les ai vus, absorbés par leur machine à sous, la cigarette sans filtre aux lèvres, les tubes de leur respirateur artificiel dans les narines et la bière à la main, je me suis immédiatement dit que ces deux-là auraient sûrement des choses intéressantes à dire sur les prochaines élections.

J'étais en reportage pour Le Figaro dans le nord du Nevada, une région inhospitalière, aride et désertique, faite de plaines pelées qui n'en finissent pas, cernées au loin par des montagnes rondes et ocres, bref, une terre de cowboys et de chercheurs d'or, un vivier d'adorateurs de John McCain et surtout, de Sarah Palin.

J'étais partie d'Elko en fin de matinée et je conduisais depuis deux heures sans avoir vu l'ombre d'un village, après avoir traversé le bourg de Carlin, point de départ de la route desservant deux des plus importantes mines d'or d'Amérique du nord.

Cette pauvreté criante qu'on découvre quand on s'approche des grands espaces

Je n'avais croisé que des poches d'habitations sous forme de groupes de caravanes ou mobile homes en décomposition apparente, posés au milieu de nulle part. Des chevaux de loin en loin. Plutôt des montures d'Indiens, avec leurs robes marron glacé tachées de blanc, que de cowboys.

Sur la route, j'avais allumé plusieurs fois la radio. Je voulais écouter des infos. Le choix était limité: si je ne tombais pas sur une station chrétienne hystérique, j'avais droit à la musique country. Mais bon, ces paysages sont de toute manière propices au silence et à la réflexion.

Je pensais donc à l'Amérique profonde, au contraste, plus saisissant qu'ailleurs, entre le monde urbain et le monde rural. Et à la pauvreté criante qu'on découvre toujours dans l'ouest américain pour peu qu'on se rapproche des grands espaces.

J'ai fini par arriver à Battle Mountain, population 5 000 habitants, trois casinos vétustes avec pignon sur la rue principale et une épicerie basque décrépite et d'ailleurs fermée.

Au Nevada, dans n'importe quel trou perdu, on peut toujours compter sur la présence d'un casino. Pas le genre Deauville. Le genre bandits manchots et retraités en sweats (presque en bigoudis) essayant de gagner quatre sous.

Un comté qui vote républicain depuis des temps immémoriaux

J'ai choisi l'un des casinos, le plus grand, qui avait l'avantage de faire aussi restaurant. Le menu était sans surprises. Hamburgers, poulet frit, viande frite, frites, sandwiches au pain blanc trempés dans l'huile et fourrés au bacon. Miam.

Enfin, je ne m'étais pas arrêtée là pour faire un gueuleton, mais pour pouvoir m'entretenir avec les habitants et prendre la température de leurs états d'âme.

McCain ou Obama? Je connaissais déjà la réponse car ce comté vote républicain depuis des temps immémoriaux. Ce que je voulais savoir, c'était pourquoi et oublier tout ce que j'avais lu sur la question, particulièrement les opinions des experts, dont nous sommes saturés.

En allant aux toilettes, dans les tréfonds du casino. j'ai avisé le couple. Je me suis approchée d'eux en me disant qu'ils allaient m'envoyer promener. Au lieu de ça, la femme, Belba, m'a invitée à m'asseoir à côté d'elle. Elle avait l'air d'avoir 70 ans. Elle n'en a que 55.

- "Alors, McCain ou Obama?
- McCain. Parce qu'Obama ne durera pas un an. Il sera assassiné par une bande de racistes. Il pourrait peut-être survivre dans l'est et l'ouest mais ni au nord ni au sud.
- Donc, vous préférez Obama?
- Je voterais pour lui si je savais qu'il allait vivre. Mais je vais voter pour le vieux. Remarquez, dans un an, il sera mort lui aussi. D'une crise cardiaque. Et c'est génial parce que nous allons avoir une femme président."

"Sarah Palin, elle est formidable. C'est elle qu'il nous faut."

Belba et son mari Carol sont nés au Nebraska. Il y a un an, ils ont atterri à Battle Moutain par hasard. Ils se dirigeaient vers l'état de Washington. Leur voiture est tombée en panne. Ils n'avaient pas les moyens de la réparer. Ils sont donc restés ici.

Carol est devenu manutentionnaire au casino. Ils ont loué une caravane, qui leur sert maintenant de logis. Belba passe ses journées au casino. Elle dépense 20 dollars par jour dans les machines à sous.

- "Vous avez les moyens de perdre 20 dollars par jour?
- Non, mais je gagne aussi de l'argent. Je sais ce que je fais. J'ai un diplôme de croupier. Mais mon chien l'a mangé.
- Mais c'est une machine à sous, pas un adversaire pensant!
- Puisque je vous dis que je sais ce que fais", me répond-t-elle agacée.

Elle me toise soudain d'un air pénétrant et m'ordonne de la regarder dans les yeux.

"Sarah Palin, elle est formidable. C'est elle qu'il nous faut. Et j'vais quand même pas voter pour un nègre."

Elle se tourne vers son mari, puis vers les autres joueurs, des copains, dit-elle, qui eux aussi tuent le temps au casino. Tu parles d'une brochette... tout à coup, ils me paraissent effrayants avec leur faciès de Thénardiers.

"Hein, les gars, on ne va pas voter pour un nègre!"

Ils acquiescent. C'est la première fois depuis le début de la campagne que des électeurs se lâchent à employer ce langage et à exposer leur racisme. Du moins devant moi.

- "Dites-moi franchement, continue Belba, maintenant lancée. Il n'est pas temps d'avoir notre heure, nous les femmes? Hein? Vous ne préfériez pas que votre fille soit présidente plutôt que ce nègre?
- Non. Vous êtes raciste et Sarah Palin n'est absolument pas qualifiée.
- Comment ça, elle est raciste! Intervient Carol. Nous allons sauver la vie d'Obama en ne votant pas pour lui. On ne veut pas que ce nègre soit assassiné."

J'en avais assez entendu. Je leur ai dit au revoir et j'ai continué mon chemin.

Photos: Belba et Carol devant les machines à sous - A l'entrée de Battle Mountain - Belba (Armelle Vincent/Rue89)

[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le vendredi 31 octobre 2008 12:43

fichier EDVIGE

fichier EDVIGE
par vermisseau:

"JORF n°0152 du 1 juillet 2008 page
texte n° 3


DECRET
Décret n° 2008-632 du 27 juin 2008 portant création d'un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé « EDVIGE »

NOR: IOCC0815681D


Le Premier ministre,

Sur le rapport de la ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales,

Vu le code de procédure pénale, notamment son article 777-3 ;

Vu la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, notamment son article 26 (I à III) ;

Vu le décret n° 85-1057 du 2 octobre 1985 modifié relatif à l'organisation de l'administration centrale du ministère de l'intérieur et de la décentralisation, notamment son article 12 ;

Vu le décret n° 2007-914 du 15 mai 2007 pris pour l'application du I de l'article 30 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés ;

Vu l'avis de la Commission nationale de l'informatique et des libertés en date du 16 juin 2008 ;


Le Conseil d'Etat (section de l'intérieur) entendu,

Décrète :


Article 1 En savoir plus sur cet article...

Le ministre de l'intérieur est autorisé à mettre en ½uvre un traitement automatisé et des fichiers de données à caractère personnel intitulés EDVIGE (Exploitation documentaire et valorisation de l'information générale) ayant pour finalités, en vue d'informer le Gouvernement et les représentants de l'Etat dans les départements et collectivités :
1. De centraliser et d'analyser les informations relatives aux personnes physiques ou morales ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif, sous condition que ces informations soient nécessaires au Gouvernement ou à ses représentants pour l'exercice de leurs responsabilités ;
2. De centraliser et d'analyser les informations relatives aux individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public ;
3. De permettre aux services de police d'exécuter les enquêtes administratives qui leur sont confiées en vertu des lois et règlements, pour déterminer si le comportement des personnes physiques ou morales intéressées est compatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées.

Article 2 En savoir plus sur cet article...

Conformément aux dispositions de l'article 6 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée, et dans la stricte mesure où elles sont nécessaires à la poursuite des finalités mentionnées à l'article 1er du présent décret, les catégories de données à caractère personnel enregistrées dans le traitement mentionné à l'article 1er et concernant des personnes physiques âgées de treize ans et plus sont les suivantes :
― informations ayant trait à l'état civil et à la profession ;
― adresses physiques, numéros de téléphone et adresses électroniques ;
signes physiques particuliers et objectifs, photographies et comportement ;
― titres d'identité ;
― immatriculation des véhicules ;
informations fiscales et patrimoniales ;
― déplacements et antécédents judiciaires ;
― motif de l'enregistrement des données ;
données relatives à l'environnement de la personne, notamment à celles entretenant ou ayant entretenu des relations directes et non fortuites avec elle.

Les données collectées au titre du 1 de l'article 1er du présent décret ne peuvent porter ni sur le comportement ni sur le déplacement des personnes.
Le traitement peut enregistrer des données à caractère personnel de la nature de celles mentionnées à l'article 8 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée. Celles de ces données autres que celles relatives aux opinions politiques, philosophiques ou religieuses, ou à l'appartenance syndicale ne peuvent être enregistrées au titre de la finalité du 1 de l'article 1er que de manière exceptionnelle. Il est interdit de sélectionner une catégorie particulière de personnes à partir de ces seules informations.
Le traitement ne comporte pas de dispositif de reconnaissance faciale à partir de la photographie.
Les données concernant les mineurs de seize ans ne peuvent être enregistrées que dans la mesure où ceux-ci, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public.
Les données collectées pour les seuls besoins d'une enquête administrative peuvent être conservées pour une durée maximale de cinq ans à compter de leur enregistrement ou de la cessation des fonctions ou des missions au titre desquelles l'enquête a été menée.

Article 3 En savoir plus sur cet article...

Dans la limite du besoin d'en connaître, sont autorisés à accéder aux informations mentionnées à l'article 2 :
― les fonctionnaires relevant de la sous-direction de l'information générale de la direction centrale de la sécurité publique, individuellement désignés et spécialement habilités par le directeur central de la sécurité publique ;
― les fonctionnaires affectés dans les services d'information générale des directions départementales de la sécurité publique ou, à Paris, de la préfecture de police, individuellement désignés et spécialement habilités par le directeur départemental ou, à Paris, par le préfet de police.
Peut également être destinataire des données mentionnées à l'article 2, dans la limite du besoin d'en connaître, tout autre agent d'un service de la police nationale ou de la gendarmerie nationale, sur demande expresse, sous le timbre de l'autorité hiérarchique, qui précise l'identité du consultant, l'objet et les motifs de la consultation.

Article 4 En savoir plus sur cet article...

Le traitement et les fichiers ne font l'objet d'aucune interconnexion, aucun rapprochement ni aucune forme de mise en relation avec d'autres traitements ou fichiers.

Article 5 En savoir plus sur cet article...

Conformément aux dispositions prévues à l'article 41 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée, le droit d'accès aux données s'exerce auprès de la Commission nationale de l'informatique et des libertés.
Le droit d'information prévu au I de l'article 32 et le droit d'opposition prévu à l'article 38 de la même loi ne s'appliquent pas au présent traitement.

Article 6 En savoir plus sur cet article...

Sans préjudice de l'application de l'article 44 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée, le directeur général de la police nationale rend compte chaque année à la Commission nationale de l'informatique et des libertés de ses activités de vérification, de mise à jour et d'effacement des informations enregistrées dans le traitement.

Article 7 En savoir plus sur cet article...

Le présent décret est applicable sur tout le territoire de la République.

Article 8 En savoir plus sur cet article...

Le présent décret entre en vigueur le jour de l'entrée en vigueur du décret n° 2008-631 du 27 juin 2008 portant modification du décret n° 91-1051 du 14 octobre 1991 relatif aux fichiers gérés par les services des renseignements généraux et du décret n° 2007-914 du 15 mai 2007 pris pour l'application du I de l'article 30 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978.


Article 9 En savoir plus sur cet article...

La ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales est chargée de l'exécution du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la République française.



Fait à Paris, le 27 juin 2008.



François Fillon



Par le Premier ministre :



La ministre de l'intérieur,

de l'outre-mer et des collectivités territoriales,

Michèle Alliot-Marie


[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le jeudi 31 juillet 2008 06:25

Aux rescapés du cyclone birman, l'ONU envoie 220 000 capotes...

par Alain Renon (Rue89)

Nous sommes le 21 mai et un "responsable humanitaire" du Fonds des Nations unies pour la population a annoncé hier, pas peu fier, depuis Bangkok: "L'ONU va envoyer 220000 préservatifs à des survivants du cyclone." Vous ne me croyez pas? Vous avez tort.

Et le même de préciser: "Nous ne voulons pas que le recours régulier à des moyens de contraception soit perturbé", alors que, chacun devrait le savoir, "en situation d'urgence, le système de santé est touché si bien que les gens n'ont pas accès à des préservatifs et autres moyens contraceptifs". 220000 capotes, dont 72800, soyons à jour, sont déjà arrivées -la belle ONU l'assure- dans les restes boueux de villages du delta de l'Irrawaddy.

On se demande, quand même... Quel est le "système" de santé qui a été touché en Birmanie, où les hôpitaux civils, sans qu'il soit besoin de catastrophe naturelle, manquent de tout; où les malades du sida agonisent depuis des années sans quasiment le moindre secours? Pas de détournement à redouter? Ou, au contraire, la tacticienne et perspicace diplomatie internationale voit-elle là -détournement systématique de toute aide à son profit par la vorace junte oblige- le sûr moyen de prévenir sa reproduction? Et sinon, s'agit-il de s'assurer, grâce au latex, que la prochaine tempête fera moins de victimes?

Tic, tac, tic, tac...

Nous sommes le 21 mai et la Banque mondiale nous a informé qu'elle n'est pas "en position" d'aider la Birmanie, laquelle a en effet "accumulé des arriérés depuis 1998", comme le déplore son directeur général, depuis Singapour. La règle, c'est la règle. Et la vertueuse Banque mondiale ne saurait y déroger. Elle ne peut donc, nous explique le DG, "légalement" débloquer des fonds.

On se demande, quand même... La règle plutôt que la vie? Ça vaudrait partout, même chez nous, si jamais? Au fait, comment vont l'ancien banquier mondial en chef, Paul Wolfowitz, et sa maîtresse, qui fut grassement rétribuée par l'institution phare de la règle, sans jamais être "légalement" inquiétés?

Tic, tac, tic, tac...

Nous sommes le 21 mai, et pour la cinquième journée consécutive, le "Mistral" (d'après tempête) fait "des ronds dans l'eau", nous racontent quelques reporters embarqués et tournoyant avec les 1000 tonnes de fret humanitaire, de quoi nourrir 100000 personnes pendant 15 jours, et abriter 60000 sinistrés, nous rappelle l'état-major français, désolé d'avoir à patienter ainsi au plus près de "la région la plus touchée par le cyclone" où, or donc, "les besoins sont les plus importants".

On se demande, quand même... Pourquoi avoir dépêché un bâtiment militaire? Pour avoir raison, face à une junte aussi fermée qu'une huître et plus dure que n'importe quelle perle qui y aurait développé sa nacre, de stigmatiser le "crime contre l'humanité" de la clique du généralissime Than Shwe? Pourquoi ne pas passer par l'Association des pays du sud-est asiatique, l'Asean, que Rangoon privilégie? Parce que le tricolore se diluerait dans plus d'efficacité et que le bénéfice du geste n'irait pas d'abord au donateur?

Tic, tac, tic, tac...

Nous sommes le 21 mai. Le bilan communément admis du cyclone Nargis, qui a ravagé le sud-ouest de la Birmanie le 2 mai, s'établit provisoirement à 133600 morts ou disparus et 2,4 millions de sinistrés.
Aux rescapés du cyclone birman, l'ONU envoie 220 000 capotes...
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 21 mai 2008 07:53

Au nombre de morts, combien de "11 Septembre" par mois en Irak?

par Judith Weinstein (rue89)
L'épidémiologue américain Les Roberts vient de publier une enquête sur la mortalité en Irak après l'invasion, dans le magazine médical britannique The Lancet, provoquant une grande controverse aux Etats-Unis. Rencontre avec celui qui estime à plus de 650 000 le nombre de morts depuis l'invasion de 2003. L'épidémiologue américain Les Roberts a mesuré la mort et la morbidité dans une douzaine de pays en tant qu'employé des Centers for Disease Control and Prevention à Atlanta (CDC), de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'International Rescue Committee à New York.

Sa dernière enquête sur la mortalité en Irak, après l'invasion, récemment publiée dans le magazine médical britannique The Lancet, a provoqué une grande controverse aux Etats-Unis. Les auteurs ont estimé plus de 650 000 morts depuis l'invasion de 2003. Le Président Bush et les commentateurs conservateurs ont mis en cause ses résultats, les jugeant surélevés. Dans la communauté scientifique, les réactions sont mitigées. De nombreux experts soutiennent les méthodes employées par Dr Roberts et ses collègues pour estimer le nombre total des morts irakiens; d'autres discréditent les résultats à cause de la taille de l'échantillon et de certains aspects méthodologiques du sondage.

Pourquoi essayer de chiffrer le nombre de morts?

Cela nous aide à financer et à mettre en place des programmes humanitaires, mais aussi à évaluer les progrès. Par ailleurs, les estimations chiffrées aident à attirer l'attention sur des crises comme le Darfour et en Irak. Quand nous avons mesuré la mortalité au Congo (RDC), trois maladies (le paludisme, les diarrhées, et les infections respiratoires aiguës) y étaient responsable de la plupart des morts. Au Zimbabwe, la tuberculose et le VIH étaient les premières causes de mortalité. Ces profils différents de mortalité appellent des réponses complètement différentes de santé publique.

A quoi vous attendiez-vous en allant en Irak en 2004? Qu'y avez-vous trouvé?

Dans chaque conflit que j'avais étudié jusqu'à présent (sept, je crois), à part la Bosnie, beaucoup plus de gens étaient morts des conséquences indirectes de la guerre que de la violence elle-même. Lors d'un conflit, les services publics cessent de fonctionner normalement: l'approvisionnement d'eau s'arrête, il se peut que les hôpitaux ferment, plus de femmes meurent en couches parce qu'elles n'arrivent pas à se rendre à l'hôpital à temps... Cela a toutes sortes d'effets nocifs sur la santé des habitants touchés par le conflit, soit à cause des dysfonctionnements de la société, soit à cause du stress de la vie quotidienne.

En Irak, nous nous attendions à trouver cette mortalité indirecte. Mais ce qui nous a surpris c'était que la plupart de l'accroissement du taux de décès était dû directement à la violence.

Vos résultats, y compris vos deux bilans sur la mortalité en Irak, sont basés sur des sondages auprès d'un échantillon de foyers -ce que l'on appelle en anglais, un "household cluster mortality survey"- et non pas un décompte du nombre de morts. Pourriez-vous expliquer cette méthodologie?

Au lieu de choisir un échantillon de foyers répartis à travers le pays, vous choisissez un échantillon de villages ou de quartiers et beaucoup de foyers individuels dans ces quartiers, ce qui facilite grandement la logistique. Dans chaque foyer, vous demandez: "Qui habite ici?" Nos questions en Irak étaient: "Qui a dormi sous votre toit pendant les soixante dernières nuits?" puis "Qui dans la maison est né et qui est mort dans les derniers mois?" A partir des réponses, vous calculez un taux de mortalité.

Qu'est-ce qui a changé en Irak depuis votre enquête de 2006?

La deuxième enquête était similaire dans sa conception et sa méthodologie, mais nous avons essayé de nous rendre dans cinquante endroits différents au lieu de trente-trois lors de la première enquête. Le taux de mortalité a beaucoup progressé. Nous estimons qu'il y a eu environ 650 000 morts "en excès", dont 90% étaient dues directement à la violence.

Le gouvernement irakien a mené une enquête similaire, publiée en janvier par le prestigieux magazine médical The New England Journal of Medicine. En quoi cette enquête diffère-t-elle de celle que vous avez publiée dans The Lancet en 2006?

Les conclusions générales de cette nouvelle enquête sont très similaires à celles de l'enquête du Lancet. Ils ont trouvé que la mortalité avait doublé dans les trois années suivant l'invasion américaine. Nous, nous avons conclu que la mortalité avait augmenté de 2,4 fois après l'invasion. Ils ont estimé un taux de mortalité avant-et-après qui était à peu près le même que celui de notre enquête. La grande différence entre les deux enquêtes, c'est leur estimation du pourcentage de ces décès supplémentaires dus directement à la violence. Pour notre enquête du Lancet, pratiquement toute la mortalité supplémentaire est attribuée à la violence. La nouvelle enquête du gouvernement irakien a trouvé que seulement un tiers de l'augmentation, soit un mort sur six, était dû à la violence. Cela ne correspond absolument pas aux données que nous avons recueillies à la morgue de Bagdad et sur les enterrements de Najaf. On peut imaginer que les civils irakiens n'admettent pas facilement aux employés du gouvernement menant l'enquête que les leurs sont morts de la violence.

En quoi le nombre de morts en Irak concerne-t-il les citoyens américains?

D'abord, c'est très mauvais pour notre sécurité nationale d'entendre le Président déclarer, comme en décembre 2005, que plus ou moins 30 000 Irakiens sont morts depuis l'invasion, pour avoir ensuite le gouvernement irakien, partenaire des Etats-Unis, dire que ce chiffre est quatre fois trop bas. Cela creuse encore plus le fossé nous séparant des peuples du Proche-Orient. Deuxièmement, si notre commandant en chef ne sait pas, dans un facteur de 4 à 10, combien d'Irakiens sont morts, comment pouvons-nous dire si le "surge” (l'augmentation du nombre de troupes en 2007, ndlr) a marché ou pas? Comment pouvons-nous évaluer les tendances dans ce cas? Le troisième point, et le plus important, c'est que cette guerre était "pré-emptive". En tant que démocratie, comment pouvons-nous déterminer si les coûts ont surpassé les bénéfices si nous ne connaissons pas les vrais coûts?

Comment faites-vous la différence entre votre rôle de scientifique et celui d'avocat d'une cause?

En tant que scientifique, vous amassez des données et des preuves qui peuvent vous faire changer d'avis sur n'importe quel sujet. Les militants s'intéressent plus à l'action et aux preuves qui renforcent leur position. Moi, je suis avant tout un scientifique, même si tous les projets sur lesquels j'ai travaillé récemment sont fondamentalement politiques. Ce qui me fait avancer, ce sont les données, pas les jugements préconçus. La bonne réponse de santé publique à la violence est d'arrêter la violence, et ce processus est beaucoup plus clairement politique que la plupart des projets qu'entreprennent mes condisciples.

De tout ce que vous avez vu et vécu en Irak, quelle est l'expérience que vous aimeriez le plus faire partager et comprendre aux Américains?

Quand j'étais en Irak en 2004, je demandais à toutes les personnes que je rencontrais: "Pourquoi pensez-vous que les Américains sont venus?" Invariablement, leur première réponse était spontanément: "A cause du pétrole!" Peu importe si c'était vrai, ce qui compte, c'est que c'était leur perception des motivations américaines. Si nous pensons aux attaques du 11 Septembre et réalisons que l'Irak a une population à peu près équivalente à celle de la zone métropolitaine de New York, ce nouveau bilan du gouvernement irakien suggère que les Irakiens ont connu un nombre de morts violentes équivalant à deux attaques similaires au 11 Septembre par mois pendant les trois premières années de l'occupation. Ça, c'est d'après le gouvernement irakien. Quant à notre enquête, elle estime l'équivalent de six "11 Septembre" par mois! In fine, peu importe que ces morts aient résulté directement de l'invasion américaine ou de conséquences indirectes imprévues. Ce qui est certain, c'est que des centaines de milliers d'Irakiens sont morts. Qui, parmi nos dirigeants, a exprimé du regret et du remord pour cela? J'ai bien peur que notre orgueil à ce sujet nous aveugle et crée une perception dans le reste du monde à l'opposé de l'idée que nous nous faisons de nous-mêmes
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le vendredi 09 mai 2008 07:54

Les COP : la désinformation de masse

Les COP : la désinformation de masse
par vermisseau:

Depuis le lycée, c'est le même rituel : la fin de l'année approche, il est temps de penser à son « orientation ». Nous allons avoir la visite d'une professionnelle de l'orientation : elle vient du SIO de Nantes et nous rend visite à l'IUT de machin truc.
La dame rentre dans la classe toute souriante, elle demande à avoir un ordinateur portable pour se connecter à internet . Pendant que le technicien informatique se démène pour capter un réseau WIFI inexistant dans cette salle, et alors que la prise internet lui sourit bêtement, la professionnelle demande si elle peut regarder quelque chose sur l'ordinateur. Le technicien lui répond que non, de toute façon ça ne marche pas . la dame, en vraie professionnelle, va alors combler le vide oratoire en se présentant et en nous expliquant les poursuites d'études possibles après un DUT génie biologie. Nous avons la chance de réapprendre que nous pouvons faire une licence pro, une licence tout court, un master pro, un master tout court suivi d'un doctorat. L'incompréhension informatique demeurant, la professionnelle nous informe que nous pouvons passer tous les jours au SIO, 11 boulevard machin truc, à Nantes, afin de parfaire notre orientation. Le fait que Nantes est à 1H15 de train de l'IUT ne lui aura pas échapper.
L'impasse informatique étant résolue par l'ajout d'un branchement, via câble, à la prise internet du bureau, la réunion allait enfin pouvoir entrer dans le vif du sujet . L'attention est à son comble quand la professionnelle branche sa clé USB sur l'ordinateur. Un message d'alerte apparaît alors sur l'écran du vidéoprojecteur : un cheval de Troie a été détecté. Satisfaction de la professionnelle, qui se réjouit de connaître un terme technique désignant un virus « puissant », terme prononcé tel un orgasme.
Modzilla firefox étant lancé, la présentation des sites peut commencer. Aucun ne marchant, la professionnelle se rabat sur onisep.fr, site présenté 3 fois de suite au lycée. Elle s'empresse de nous présenter les formations qu'elle connaît par c½ur et qui nous permettront de faire des études de gestion, si jamais l'étude de l'environnement nous lasse, puis nous informe que les facs privées sont payantes, et bien entendu loin d'arriver à la cheville des facs publiques .
Suite à ces précieuses informations, et l'heure passant, le moment tant attendu des questions est arrivé. Un baba cool de la classe s'empresse de poser sa question : « pensez vous qu'une année sabbatique serait bien vue ? ». La professionnelle l'informe que oui, cela lui permettrait de perfectionner son anglais s'il va à l'étranger et de pouvoir travailler, donc d'apprendre à diriger une équipe. Le pauvre est en secret bien dépité : son projet de faire une année de surf non-stop dans les Landes apparaît bien loin des attentes de l'expérience professionnelle et linguistique.
Sur ce, la professionnelle toujours souriante nous remercie de notre attention et plie ses affaires, pendant que le vacarme des chaises sonne le temps de la pause. Nous sortons tous de la salle le sourire aux lèvres, fiers d'avoir une nouvelle fois été les cobayes de la désinformation de masse des COP, qui nous ont aiguillé vers de lointains horizons auxquels nous ne comprenons toujours rien...

# Posté le vendredi 09 mai 2008 05:59